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Rue de la République : pompe à fric et coups de trique

Lundi 04/02/2008 | Posté par Xavier Thierry

Lorsqu’un promoteur immobilier veut réhabiliter une rue et que des locataires refusent d’être relogés, il joue avec leurs nerfs. Exemple avec deux habitantes.

La rue de la République, c’est une fierté déchue de la cité phocéenne. Surnommée autrefois « la rue Impériale », elle a progressivement perdu de sa beauté : façades haussmanniennes noircies, appartements abandonnés et vitres brisées ont contribué à la déshumaniser. Un gâchis qui justifiait une grande opération de réhabilitation pour de nombreux marseillais. Les investisseurs du monde entier se bousculent alors pour le projet avec un objectif : concevoir des appartements de haut standing pour les futurs cadres du quartier d’affaires de La Joliette.

Mais pour engager les travaux, il faut d’abord reloger les riverains actuels. Et c’est là que ça se complique. Exemple avec Magdalena Bergé, septuagénaire, et sa voisine, Yvette Van Thuong, sexagénaire, locataires du 23 boulevard des Dames, jouxtant la rue de la République. Dans leur immeuble, quatre des seize appartements sont encore occupés. Tous les autres locataires ont accepté un relogement ou sont partis d’eux-mêmes.

Mais pour elles, pas question de changer d’appartement le temps des travaux. D’abord parce qu’elles devraient signer un nouveau bail et perdraient les avantages de la loi 1948 (une loi qui maintient un loyer avantageux sur les vieux appartements). Ensuite parce que leur âge et leur état de santé ne le leur permettent pas.

Alors, face à leur refus, elles n’ont aucun doute, Marseille République joue le pourrissement (comme avec les journalistes*). La société laisse les parties communes de l’immeuble dans un état d’insalubrité généralisée : peintures qui s’écaillent, boîtes aux lettres cassées… Les appartements du deuxième étage sont murés, les mansardes pourrissent dans l’indifférence. L’ascenseur ne fonctionne plus depuis le 28 octobre dernier. Au cinquième étage, un couple de retraités de 90 ans, épuisé par la situation, se résigne à déménager dans le courant du mois. 

Le premier étage est vide, les portes sont bloquées par des grosses plaques en tôle fixées sur les portes. Le plafond est encore noirci par un incendie survenu il y a un an dans la cage d’escalier. Yvette Van Thuong : « Il y avait des personnes âgées à ce niveau. L’une d’entre elles, sous le choc, a dû être hospitalisée... Et ce n’est pas le seul cas. L’année dernière, juste à côté, rue de la République, il y a eu un feu dans un immeuble où  il ne restait plus que trois locataires. Le lendemain matin, les promoteurs les attendaient en bas de chez eux pour leur faire signer un nouveau bail où ils perdaient les avantages de la loi 1948. Pris de panique, ils ont signé. »

Désespérées, elles ont tout essayé pour alerter les élus locaux. Lettres au maire Jean-Claude Gaudin, à son opposant socialiste Jean-Noël Guérini, au conseil régional et à la Préfecture, mais rien n’y a fait. Elles se sont dirigées vers l’association Un centre ville pour tous, qui conseille les personnes dans leur cas. Mais Yvette Van Thuong n’y croit plus : « Ils nous proposent de porter l’affaire en justice et de prendre des avocats, mais on n’a pas les moyens d’engager les frais. »  Alors aujourd’hui, elle hésite à faire ses valises. Les promoteurs vont peut-être gagner le bras de fer.

Xavier Thierry

*Après avoir retardé sa réponse à nos demandes pendant trois semaines, Marseille République a finalement refusé de communiquer. Dommage, car la société aurait sûrement eu des raisons à faire valoir. Dans un dossier de presse de mars 2007, Marseille République affirme avoir relogé 321 des 384 locataires de la rue. Pour les autres, elle entend mettre à disposition des logements sociaux achetés dans le quartier.

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Xavier Thierry -


Réactions des internautes

Popol13
Jeudi 6 Août 2009, 13:14
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Ah la mentalité des Gros bras quand il y a des sous à faire est scandaleuse... Le Bras de fer entre une société puissante avide de profits et quelques mémés tenaces mais sans argent ... on sait comment ça finira... mais honte à eux!

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