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« 700 euros, pour ce skate, c’est chouette ! »

Vendredi 15/05/2009 | Posté par Benoît Gilles

Jeudi, une vente aux enchères d’art urbain était organisée par la Maison Leclere au parc Chanot. Clou de la vente : de vrais morceaux graffités du Mur de Berlin.

Dans le très grand et très gris hall 7 du parc Chanot, l’heure est au décrochage. Les dernières toiles signées par des grapheurs du monde entier sont regroupées contre le mur, loin derrière le pupitre de Damien Leclere, le commissaire priseur. En guise de cloison, sept pans peints du Mur de Berlin forment le clou de la vente. Pour la deuxième fois en quelques mois, la maison de vente marseillaise met à l’honneur l’art urbain. Dernière discipline du hip hop à devenir un produit sur le marché de l’art.

Mais, 20 ans après sa chute, ce sont les morceaux de mur qui attire les curieux. On scrute le détail des peintures, on tourne autour, on se fait photographier devant. Une dame glisse à sa voisine : « j’en ai un chez moi… Un petit bout, hein, mais authentique… J’avais qu’une peur, c’est que ma femme de ménage le jette en croyant que c’était un vulgaire caillou. » Ces morceaux de mur proviennent tous d’une vente ultérieure à Monte-Carlo. D’autres morceaux sont « dans les jardins du Vatican, au siège de la Cia, (…) à la frontière entre la Corée du nord et du sud, au siège de Microsoft et dans quelques collections privées très illustres », indique le catalogue.

 
Mais l’Histoire à un prix. Pour installer ces blocs de béton dans son jardin, il faudra au bas mot débourser 30 000 à 35 000 euros. Loin, très loin, des toiles de grapheurs qui débutent à 400 euros pour culminer à 12 000.

En tout cas, le monde entier est représenté : de New York à Point à Pitre, en passant par Kiev, Le Cap, Moscou, Paris, la plupart des grandes villes françaises, dont Marseille avec une quinzaine de grapheurs.

Il est 19 heures passés, les travées se remplissent peu à peu. L’assistance est variée, des acheteurs bien mis, et des curieux, nombreux. L’équipe de la maison de vente s’affaire encore. « Vous avez eu le catalogue ?», s’enquiert Damien Leclere auprès d’une connaissance au chignon imposant. Le visage poupin, le commissaire priseur apparaît décontracté. Derrière une dame se réjouit : « C’est bien. C’est tellement moins coincé qu’à Paris. Il est là avec sa chemise ouverte. Alors que là haut, c’est costume, cravate… Mais, tout de même… Qu’est-ce qu’il se passe ? Cela ne démarre pas ? » Sa voisine la rassure. « -C’est le quart d’heure marseillais. » «-Ah, ça, c’est très méridional… »

Mais voilà que le commissaire priseur monte à son pupitre. Il s’excuse du retard, rappelle les règles du jeu et lance la vente. A sa droite, une table, où sont alignés ses collaborateurs, téléphone en main. A ses côtés, Timothé Leszczynski décrit les œuvres. Au milieu, de jeunes gens aux t-shirts floqués les exposent au public. Le spectacle peut commencer.

« Lot n°1 : Nasty de Paris, une peinture à l’aérosol sur plaque de métro émaillé, mise à prix 1000 euros. C’est un tout petit prix. Qui commence ? Là, à ma droite, 1100 euros. » Il lève un bras, pointe un doigt. «1100 ! qui dit mieux?» On renchérit au téléphone. Les prix grimpent. Damien Leclere a les deux bras tendus en sémaphore. Ses yeux bougent à toute vitesse pour repérer les doigts qui se lèvent. 1, 2, 3, le marteau tombe. La plaque part à 1700.

Les toiles défilent. Le commissaire arrangue l’assemblée comme on vend les parfums contrefaits au marché de la Plaine : «Allez, Stesi, c’est un tout petit prix, on se jette dessus.», «700 euros, pour ce skate, c’est chouette !», «A ce prix, il devrait y avoir une forêt de doigts levés. Franchement, c’est comme si on vous le donnez.» Les toiles défilent, les garçons les présentent parfois à l’envers, mais cela n’arrête pas le commissaire.

Face à lui, les vendeurs sont discrets. Un doigt levé pour renchérir, un discret non du menton pour lâcher l’affaire. Damien Leclere est à l’affût. Sa voix résonne dans le grand hall. Au troisième rang, un outsider vient d’acquérir un diptyque de Tyrsa à 1700 euros. Les murs ne seront mis aux enchères qu’en toute fin de vente après plusieurs centaines de toiles de grapheurs.

Et on se prend à penser que ces images seraient peut-être plus à leur place, peintes sur le béton des murs.

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Benoît Gilles -