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Petit lexique de la mauvaise foi marseillaise

Mardi 28/12/2010 | Posté par Michael Couvret

BEST OF 2010 : AOÛT. A Marseille, le mois d'août, c'est avant tout la reprise du championnat de foot. Voici un petit lexique à l'usage des non-marseillais afin de s'initier à la mauvaise foi, sport local.

Aux armes, n.m. pluriel, interjection utilisée pour faire chavirer un stade.
Qui n'a jamais mis les pieds au Vélodrome ne peut pas comprendre ces quelques lignes. Chant désormais célèbre, le "Aux armes" se chante en écho, renvoyé par les deux virages du Vélodrome. Toute personne, dotée d'un système nerveux, connaît alors un phénomène étrange, aussi connu sous le nom de chair de poule.
Pour écouter le chant, c'est ici : 
Aux armes

Bon (ou pas), adj., qualificatif que l'on retrouve souvent dans la phrase "t'y es pas bon". 
Symbole de la mauvaise foi du supporter, il se traduit généralement par "t'y as failli nous la mettre au fond du but et on est content que tu sois pas bon et que tu l'ai pas mise". La qualité intrinsèque des joueurs entrant dans cette catégorie est en réalité très variable. Ainsi les mauvais joueurs parisiens (qui a dit Sammy Traoré ?) comme les très bons (!?) peuvent en faire partie pour peu qu'ils loupent, à un moment ou un autre, un tir, une passe ou les deux (qui a encore dit Sammy Traoré ?).

Canebière, n.f., lieu où les marseillais s'adonnent à la fornication.
Avenue la plus célèbre de Marseille, elle relie l'église des Réformés au Vieux-Port. Ce petit Champs-Elysées est le lieu de villégiature des Marseillais. Selon un  chant traditionnel local, ces derniers s'y retrouvent pour faire l'amour, tour à tour, aux mères (uniquement pour la rime, le Marseillais est poète) des supporters parisiens, lyonnais ou encore bordelais.
Pour écouter le chant, c'est ici : 
Cane-cane-canebièreuu

Dégun, n.m, homme, femme, personne, tout le monde.
Contrairement à ce que pensent beaucoup, dégun n'est personne. Vous entendrez certainement, un jour, si vous posez votre serviette de bain sur les magnifiques plages marseillaises, un énergumène local s'exclamer ainsi : "Putain, y'a dégun ici !" Ne cherchez pas, ça veut dire qu'il n'y a personne, et non pas, une personne qui s'appelle dégun. Sachez amis parisiens, que les Marseillais craignent dégun.

Depé, n.m., surnom donné à Patrice de Peretti, décédé le 28 juillet 2000.
Depé (prononcer "deupé") était le supporter emblématique et fondateur de MTP (Marseille Trop Puissant). Depé avait dédié sa vie à son club et chantait toujours torse nu, été comme hiver. Le virage nord porte aujourd'hui son nom, et un chant de supporter lui rend hommage : 
Du virage Depé,  
S'élèvera la ferveur du peuple marseillais ! 
Allez, l'OM, Allez !
Pour écouter le chant, c'est ici :
Depé

Enculé, adj. et n.m., on le sait, à Marseille, "enculé" n'est pas un gros mot, mais plutôt une ponctuation.
Le soleil et la mer ont eu raison des Marseillais, ceux-ci possèdent en effet une sexualité décomplexée et pour le moins débridée. La sodomie est devenue le deuxième sport de la ville. Le samedi on encule Paris, le mercredi c'est Bordeaux ou Lyon et à la fin de la semaine c'est certainement l'arbitre. A titre d'exemple, le mot "enculé" ponctue souvent le dégagement du gardien adverse. Celui-ci se languit d'entendre, systématiquement, 60 000 personnes dévoiler ses moeurs sexuelles. Preuve de la neutralité de ce terme, le nigérian Taye "the brain" Taïwo a prononcé ce célèbre discours sur le balcon de la Mairie, pour célébrer le titre en mai dernier et le tout sans choquer dégun : 
Les marseillais
Sont à Paris
Pour enculer
Le PSG !
(sur l'air de l'hymne national italien s'il vous plaît).

Mère, n.f., cible préférée des chants de supporters, rime étrangement avec Canebière.
Ne surtout pas confondre avec la Bonne Mère qui protège tous les Marseillais à longueur de journée, du haut de la Basilique Notre-Dame de la Garde. La Bonne Mère est le deuxième lieu de culte par son importance et sa fréquentation, après le Vélodrome. 

Olympique, n.m., précède Marseille dans l'acronyme OM.
Il n'existe qu'un seul Olympique et il se trouve à Marseille. Il se murmure d'ailleurs qu'une pétition circule pour renommer le club du Président Aulas : FC Lyon.

Parisien, adj. et n.m., insulte courante à l'encontre de toute personne n'étant pas née à Marseille.
Les Marseillais, qui ont une vague idée de ce à quoi ressemble la carte de la France, se plaisent à considérer Paris comme la capitale du nord de la France, soit tout le pays à l'exception de Marseille. Le Parisien s'est rapproché du Marseillais depuis que le TGV est arrivé sur le Vieux-Port, mais il reste à des années lumières de la ferveur du peuple marseillais. Notez que les jours de match, les Parisiens sont facilement identifiables, puisqu'ils sont les seuls à ne pas porter les couleurs de l'OM. 

Tragédie, n.f., style, oeuvre dramatique qui se déroule un week-end sur deux au Parc des Princes.
Il ne faut pas croire que les Marseillais se réjouissent du pauvre spectacle qu'offre le PSG à ses supporters depuis plusieurs saisons, au contraire, ils en sont attristés. La preuve, ils ont repris le célèbre slogan du club parisien en remplaçant les paroles. Paris est magique tragique. Environ une fois par saison, de nombreux Marseillais fans de dramaturgie, se pressent aux portes du Vélodrome, pour verser une larme. 

Vélodrome, n.m, l'Eglise, la Mecque, même s'il ressemblera bientôt à une pachole.
Les Marseillais, un brin paranoïaques, se demandent si les Parisiens de Bouygues n'ont pas tout fait pour remporter le projet de couverture du Vélodrome, afin de le transformer en pachole de cagole.  
Pour le chant du vélodrome, c'est ici :
Le vél comme un seul homme

Winners, n.m., anglicisme, se transforme en pléonasme lorsqu'il est associé à l'OM. 
Groupe de supporters marseillais ayant la particularité d'être vêtus de orange. La petite histoire veut qu'un jour de 1989, lors d'un match OM/PSG, les supporters ont retourné leurs bombers (vestes à la mode à cette époque) pour manifester contre les franges fascistes des supporters adverses. La couleur orange de la doublure est, petit à petit, devenue emblématique de la mixité sociale ouvertement prônée par les Winners. En témoigne ce chant, sur l'air de Tom Sawyer (le dessin animé) :
Les Winners, c'est à Marseille,
Le symbole de l'indépendance,
Ils sont nés sur les rives de la méditerranée,
Immigrés, mais à jamais Marseillais !
Les Winners...

 

 

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